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Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker )

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MessageSujet: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Sam 24 Nov 2012 - 13:21

C'était le début d'après-midi, les rayons du soleil pénétraient en oblique dans la petite chambre, à travers les trous des stores à moitié baissé de la fenêtre pour pas me faire trop mal aux yeux, ils jouaient sur le sol, entre ombre et lumière, les éclats brillants dansant dans la pénombre. Ca ne faisait pas très longtemps que j'étais à l'hôpital, deux ou trois jours, tout était différent ici, et assez étrange pour moi. Ma fourchette se planta dans un petit pois que je levai jusqu'à mes yeux pour l'observer, le visage un peu penché, ma tête reposant dans ma main droite. Je reposai l'aliment dans son assiette, je n'avais plus très faim, même si je n'avais mangé que la moitié du repas. Ca dépendait des jours en faite, certainement parce que je n'avais pas l'habitude d'avoir le droit à trois repas par jour, quand j'étais arrivé j'avais mangé tout mon repas parce que j'avais très très faim, puis parfois je voulais plus manger, parce que pour moi c'était trop inhabituel, et je mangeais mieux le repas d'après. Mais le docteur insistait beaucoup pour que je mange, parce que j'étais trop maigre, et que c'était dangereux pour moi.

En pensant au docteur, ma tête se tourna vers la porte de la chambre, il allait certainement passer aujourd'hui, et c'était dans ces heures-là qu'il venait me voir des fois, je ne voulais pas le voir, je voulais pas qu'il me touche. Je savais que je devais obéir, et faire ce qu'on me disait, parce que c'était comme ça, mais je pouvais pas, c'était trop dur, il me faisait très peur, il était tellement plus grand que moi, et il avait l'air beaucoup plus fort, en plus c'était un homme… Rien qu'en y pensant, je me cachai sous les couvertures, roulée en boule dans mon lit. Je savais que je devais pas me débattre, parce après les gens se mettaient en colère contre moi, et me faisait du mal, mais c'était trop dur, dès qu'on s'approchait pour me toucher, j'étais trop terrifiée, j'allais me cacher quelque part, je contrôlais même pas ces réactions, dès qu'on essayait juste de m'atteindre, je me recroquevillais, tous mes muscles étaient tendus, je pleurais de peur.

Sous les draps du lit, il faisait sombre, tout noir, ma respiration s'était un peu accélérée, je fini par passer ma tête au dehors, à cause du manque d'oxygène, mes yeux craintifs observèrent la pièce à la recherche du moindre danger. Il n'y avait personne, mais qu'est-ce qu'il me disait qu'il n'y avait rien de menaçant qui attendait là quelque part tapis dans l'ombre… même derrière la porte, il y avait tellement de personnes dans cet hôpital, qui allaient et venaient dans ses couloirs, trop de monde, beaucoup trop. Quand j'étais dans la rue, j'évitais le plus possible le monde, je me cachais, je dormais dans les endroits isolés, et jamais très longtemps, je bougeais tout le temps, je devais pas rester au même endroit, quand je croisais quelqu'un je m'enfuyais pour aller me mettre à l'abris quelque part… Jusqu'à que je me fasse capturer… On m'avait amené ici, dans ce monde plein de bruits, avec tous ces gens qui s'affairaient autour de moi, me posaient des questions, essayaient de me faire parler, et de me toucher. Les deux policiers venaient souvent, je refusais que l'homme m'approche, mais la femme elle parfois elle pouvait, elle était gentille, elle me faisait pas de mal, mais j'avais quand même trop peur pour me laisser faire.

Je repoussai la tablette du repas hors du lit, puis mes yeux se fixèrent sur le carnet, je l'effleurai du bout des doigts, je n'avais pas très envie de dessiner, j'étais trop angoissée, mes yeux allaient et venaient dans toute la pièce, guettant le moindre signe dangereux. Je me doutais qu'il allait venir, essayer de progresser un peu plus vers moi, je me souvenais du soir de mon arrivée, quand il avait voulu m'examiner, que j'avais couru me cacher sous un meuble, recroquevillée par terre, ils n'avaient pas réussi avant longtemps à me faire sortir de là. Peu à peu, jour après jour, il se rapprochait de moi, inextricablement. Des fois, il me retrouvait cachée quelque part, il arrivait à me faire sortir maintenant, alors qu'au début je sortais pas si il était encore dans la pièce. On m'avait expliquer longtemps qu'il voulait juste me soigner, qu'il me ferait pas mal, mais c'était dur pour moi, de bien vouloir le laisser m'approcher, sans prendre peur.

J'entendis du bruit tout proche dans le couloir et immédiatement me cachais sous les couvertures pour me protéger. Je soulevai un pan du drap pour essayer de surveiller la porte, et voir si je pouvais peut-être apercevoir quelque chose à travers le hublot qui était trop haut pour moi. Je me concentrai pour écouter les bruits qui m'entouraient, mais j'entendais pas grand-chose du dehors, rien que je pouvais définir assez nettement, la pièce était insonorisée pour que ces bruits justement ne m'effrayent pas. J'aurais mieux entendu si j'avais été coller mon oreille contre la porte, mais ça c'était hors de question, je ne m'approcherai jamais autant du couloir, si je ne me sentais même pas en sécurité dans mon lit, j'étais trop terrifiée à l'idée d'approcher du monde de dehors. Les yeux rivés sur la poignet, je décelai un micro mouvement, soudainement, elle s'abaissa d'un petit millimètre, comme si quelqu'un s'apprêtai à entrer, posant sa main sur la poignet. Je bondis hors des couvertures et allait me réfugier sous le lit, serrée contre le mur. Le dessous d'un meuble aurais été plus adéquat comme cachette, mais je n'avais pas eu le temps de l'atteindre. Je fermai fort les yeux, comme si je m'attendais à un coup ou quelque chose comme ça.
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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Sam 24 Nov 2012 - 18:36

C'était le début de l'après-midi, et je regardais le soleil étendre ses rayons à travers les feuilles des chênes montant jusqu'aux fenêtres de mon bureau. Un vent que je savais doux et léger les berçait irrégulièrement, détachent parfois l'une d'elles pour l'amener jusqu'au sol. Je me replongeai ensuite dans mes dossiers. La paperasse. Toujours ces fiches incomplètes à remplir, ces informations à donner, ces prescriptions à noter. Comme beaucoup de mes collègues, cette face du métier m'était davantage rebutante qu'attirante. Mais il fallait s'y contraindre, chose que j'étais en train de faire en cette après-midi ensoleillée. Je soupirai en achevant de signer le dernier papier. Nous y voilà. Comme à mon habitude, je quittai mon petit bureau, le refermant derrière moi, pour me rendre à la cafétéria. Il allait y avoir la queue à cette heure-ci. Tant pis, je prendrai un en-cas au distributeur. De toute façon, j'étais en retard sur mes horaires, et si je m'attardais pendant mon déjeuner, je risquais de commencer les consultations trop tard. Je me rendis en salle des familles où je savais pouvoir trouver mon bonheur. L'ultime paquet de chips qui trônait là n'attendait que moi. Je mis quelques pièces dans la machine, puis je m'emparai de mon repas. Je pris ensuite un ascenseur, pour me retrouver au rez-de-chaussée, dans le hall de l'hôpital. Je sortis du bâtiment principal et allai m'asseoir sur un banc, sous les arbres desquels j'avais vu tomber les premières feuilles. Le soleil inondait toujours l'allée gravillonnée et bordée de troncs majestueux. Là, je dégustai mon paquet de chips, songeant à ma petite existence. Le quotidien était maintenant bien ancré. Avec Addison, tout allait vraiment pour le mieux. Au travail aussi. Malgré les petites difficultés qui survenaient parfois, l'ambiance était au top. Toutefois, il demeurait une pièce ombragée à cet idyllique tableau. Cette enfant que les flics avaient trouvé dans la rue. Les agents Sweet et Sutton, je crois. Ils avaient recueilli cette jeune fille, qui semblait avoir à peine treize ans et qui avait été ravagée par la vie. Lorsque je l'avais vu pour la première fois, je n'avais pu retenir ce coup de fouet à l'estomac. Comment pouvait-on faire cela à une enfant ? Son état était réellement déplorable. Multiples plaies, hygiène totalement absente, certainement abus sexuel et séquelles psychologiques. Je me demandais depuis combien de temps cette petite avait subi ces sévices. Elle était muette. Incapable de nous faire confiance et de nous dévoiler jusqu'à son nom. Il avait fallu l'aide de ces policiers pour en apprendre un peu plus. La confiance que l'enfant accordait à l'agent Sweet était surprenante. Elle s'accrochait à elle comme un chaton à sa mère. D'ailleurs, je ne pouvais m'empêcher de penser que, si je tombais sur les parents de la jeune patiente, je leur casserais la gueule sans difficulté. Comment laisser sa fille dans la rue ? Il fallait n'être pas humain ! Ou être mort...

Mon paquet de chips prenait fin, tout comme mon appétit. Je me levai et jetai l'emballage dans une poubelle à proximité. Les mains dans les poches, je retournai jusqu'au bâtiment principal du complexe hospitalier. Puis, je pressai le bouton de l'ascenseur pour monter jusqu'au service des hospitalisations. Des cris derrière moi alertèrent mon attention et je m'écartais in extremis, laissant la place à un médecin et deux internes poussant un lit médical. Le patient semblait très mal en point. Ballonné par l'un des étudiants, le doigt dans les entrailles pour l'autre, le petit groupe le montait certainement au bloc. Je leur tins la porte de l'ascenseur, puis je pris la direction des escaliers. Il n'y avait pas de place pour moi dans cette cage de métal. Je montais les marches deux à deux, comme à mon habitude. Je passai rapidement dans mon bureau pour récupérer les dossiers des patients que je devais aller voir. Lili. Son nom écrit à l'encre noire sur la fiche-patient. C'était tout ce que nous savions d'elle jusqu'ici. Craintive et curieusement résistante, cette jeune fille reprenait du poil de la bête. Certes, elle n'était pas encore au summum de la forme pour une adolescente de son âge, mais elle recommençait à s'alimenter. La déshydratation était presque terminée, et nous avions pu panser quelques plaies. Mais elle ne nous avait pas laissé la suturer, et l'examiner attentivement, surtout pour vérifier s'il y avait eu agression sexuelle. J'allais essayer, aujourd'hui encore. C'était en général l'un des deux agents qui l'accompagnait et veillait sur elle qui réussissait à la convaincre de se laisser un minimum faire. Nous avions encore du chemin à parcourir. Je sortis de mon bureau, le fermai de nouveau à clé, puis je me rendis jusque devant la petite chambre derrière laquelle se trouvait Lili. Un sourire en coin étira mes lèvres lorsque je songeais à nos rencontres. Elle jouait à cache-cache avec moi. Effrayée par l'entrée d'un inconnu dans la pièce, elle disparaissait, dès que la poignée s'abaissait, sous un meuble, derrière un placard, ou sous les draps. C'était notre manière de se dire bonjour. Je crois. Cette fois-ci, dès que je fus entré dans la chambre, quelque chose avait changé. Pas d'ombre sous les équipements médicaux, pas de placard ouvert. Seuls les draps roulés en boule et pendants le long du lit m'indiquaient qu'elle s'était trouvée là quelques secondes auparavant. Son repas avait à peine été entamé. Je saisis le plateau encore plein et le déposai sur un meuble, près de la porte. Je m'accroupis ensuite à droite du lit pour en relever les draps. C'est à cet instant que je vis la frêle masse de la jeune enfant se profiler devant mes yeux. Je lui souris et la regardai.

" Bonjour, Lili. C'est moi, le docteur. Declan. "

Je lui tendis ma main, puis je me souvins qu'elle ne la prendrait pas. Mais il fallait essayer. J'attendis un peu, puis, voyant qu'elle avait toujours peur de moi, je me relevai et je m'éloignai du lit.

" Je voudrais que tu sortes, parce que je dois changer tes pansements, tu vois. Tu comprends ? "

Je regardais le dossier, faisant mine de ne pas l'observer afin qu'elle se sente libre de sortir de sa cachette.

" Les agents de police ne sont pas avec toi ? "

Cette question, jetée en l'air, plana longtemps et alourdit l'atmosphère de la chambre. Elle ne répondrait pas. Je le savais. Mais je n'avais pu m'empêcher d'essayer, futile habitude. Je glissai un oeil derrière mes papiers pour voir si la jeune fille se tenait debout devant moi, si elle m'avait obéi ou bien si, aujourd'hui, elle allait me donner du fil à retordre.
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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Sam 24 Nov 2012 - 20:19

Quelqu'un avait poussé la porte avant de la refermer en pénétrant dans la chambre. Je n'osais pas regarder, je gardais les yeux fermés, effrayée par la présence étrangère dans la pièce. Les pas approchèrent du lit, un à un, et je me recroquevillai contre le mur, ma respiration un peu affolée. C'était certainement docteur, ou un des policiers, ou une infirmière… Qui ça pouvait être d'autre ? Personne d'autre à part le personnel de l'hôpital et les policiers pouvaient entrer ici... J'étais théoriquement en sécurité. Mais je pouvais pas m'empêcher de penser, à chaque fois, et si c'était lui ? Si, en ouvrant les yeux, je voyais sa grande silhouette imposante se profilant devant moi, ses yeux vert me fixant avec ce regard particulier qu'il avait quand il me regardait, sa rage et sa colère déformant les traits de son visage ? J'avais toujours peur que ce soit lui derrière la porte, et qu'il entre pour venir me faire du mal. J'avais une grosse boule douloureuse dans le ventre, comme quelque chose qui me brulait, quand je pensais à lui, ou à ce qu'il m'avait fait. J'entendis un bruit étrange, puis les pas s'éloignèrent tranquille, avant de revenir vers moi à nouveau.

Je rouvris les yeux en entendant la voix du docteur qui avait réussi à me trouver. Il était accroupi à coté du lit, il avait soulevé les draps qui pendaient, pour me découvrir cachée là-dessous, il parlait doucement, en me souriant gentiment. Je ne le regardai pas directement, juste du coin de l'œil, à la périphérie de mon regard, surveillant ses moindres gestes tout en faisant semblant de fixer le vide devant moi. J'avais très peur de lui, mais au moins ce n'était pas… Je serrais mes bras autour de mes genoux, effrayée, en le regardant. Je ne savais pas pourquoi il m'impressionnait autant, à part le fait qu'il soit très très grand pour moi et que ce soit un homme, pourtant c'était un docteur, et il était toujours gentil et doux, mais j'avais peur, et puis l'autre hôpital où j'avais été, les docteurs avaient été méchants avec moi. Je savais aussi que sa finalité, son but, en venant me voir, s'était pouvoir m'examiner, ça voulait dire me toucher, et même pour me soigner, je pouvais pas… Je les avais laisser m'approcher très rarement, et me toucher pour soigner quelques blessures, surtout les entailles et les plaies, mais jamais plus que ça… Dès que leurs doigts froids effleuraient ma peau, je sursautais, tremblais, et ne pouvais m'empêcher de reculer pour me protéger. C'était un peu mieux quand Kate était là, elle me tenait la main, si elle y arrivait, ou sinon elle restait près de moi, et elle ne cessait de me rassurer pour m'apaiser et me détendre. Elle me prenait dans ses bras après, quand ils me laissaient tranquille, et que je n'arrêtais pas de pleurer.

Un mouvement à la périphérie de mon œil m'inquiéta et je reculai un peu, le docteur m'avait tendu sa main, il resta là à me regarder et à attendre de voir ce que je ferai un petit moment, tandis que je fuyais son regard et me collais au mur comme si je voulais me fondre et disparaitre à l'intérieur. Puis il me libéra de son emprise en se relevant pour s'éloigner un peu de moi. Je savais qu'il ne lâcherait pas l'affaire, il ne me laisserait pas tranquille, tant que j'aurais pas accepter de collaborer au moins un petit peu. J'étais obéissante, surtout envers les adultes plus forts comme lui, mais j'avais peur qu'il me fasse du mal. Je regardai mon avant bras où était posé un bandage, un parmi d'autres, et poussait un petit soupire. J'avançai un peu sous le lit pour voir ce qu'il faisait, il ne me regardait pas et était entrain de lire des papiers.

Je reculai d'un coup en l'entendant de nouveau parler. Je fermai les yeux une petite seconde, s'était rien. Je soufflai doucement pour essayer de me calmer, sinon j'arriverai plus à contrôler mon angoisse, et si le docteur pensait que j'étais folle, il m'enfermerait dans le noir. Je rouvris les yeux, évitant ainsi de paniquer, ce qui arrivait souvent quand je refermais mes paupières fatiguées. Kate et Jack travaillaient aujourd'hui, ils avaient dit qu'au moins un des deux viendrait ce soir. Ca aurait été plus simple si Kate était là, mais elle pouvait pas toujours rester avec moi. J'étais plus rassurée avec elle. Accroupis, je reculai sous le lit, pour passer de l'autre coté, avant de me redresser à moitié, les mains et le menton posé sur le dessus du matelas, j'observai le docteur prudemment. De cette façon, je gardais le lit entre nous deux comme sécurité.

Est-ce qu'il voulait juste changer mes pansements aujourd'hui ? Où il voulait essayer de me faire les examens que j'avais refusé jusqu'alors ? Il jeta un coup d'œil vers moi par-dessus ses papiers et je baissai un peu la tête derrière le lit pour me cacher, inutilement puisqu'il me voyait encore de toute façon. J'étais inquiète, mais il m'avait pas fait de mal encore, alors je le laissais un peu m'approcher, de plus en plus à chaque fois, tant qu'il me faisait pas mal. Je relevais un peu la tête au-dessus du lit, pour surveiller ses mouvements. Et si il voulait absolument que je parle ? On m'embêtait un peu moins pour que je parle depuis que la psychologue m'avait passé le carnet et les crayons pour que je puisse communiquer même si j'arrivais pas à parler. J'y arriverai pas, je pouvais pas, et j'avais trop peur des menaces… Même si le docteur me faisait peur, les menaces du monstre me terrifiait encore plus… Je savais qu'il voulait que je parle, mais j'en étais incapable.

Comme je ne me sentais plutôt faible encore je finis par remonter dans le lit, j'avais du mal à tenir longtemps debout, quand j'avais été dans la rue j'avais tenu grâce à l'adrénaline de la peur, mais de toute façon je n'aurais pu eu assez de forces bientôt. Mais maintenant que j'étais ici, l'épuisement avait repris ses droits, encore plus qu'avant, sur mon corps qui était en très mauvais état. Je n'avais plus les mêmes sursauts d'adrénaline qui me faisait tenir debout avant, à défaut de pouvoir manger ou me reposer convenablement. Maintenant, je pouvais manger et dormir au chaud. Mais il y avait trop de gens autour de moi, ça m'angoissait. Je m'adossais contre le mur, serrant mes genoux contre ma poitrine et passant mes bras autour, j'avais la tête baissé et je regardais dans le vide, surveillant toujours le docteur.
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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Mar 27 Nov 2012 - 19:45

Je vis alors que Lili s'était dégagée de sa cachette de fortune. Elle se tenait comme accroupie derrière le lit médical et me regardait. Je voyais une petite fille aux yeux étincelants de frayeur. Les jours qu'elle avait passés dans la rue, et tous ceux qui avaient du précéder sa cavale, avaient laissé les marques brûlantes et rougeoyantes dans son coeur et sur son corps. Son esprit était changé à jamais. Car oui, une chose était sûre, elle ne continuerait pas de grandir comme n'importe quelle jeune fille de son âge. Tout serait différent pour cette demoiselle. Peut-être serait-elle introvertie, refermée sur elle-même, à deux pas de la dépression. Ou bien fait inverse, la Lili adulte sortirait chaque soir et tenterait de repousser les limites de son existence. Je chassais ces sombres pensées qui commençaient à hanter mon esprit. J'aurais bien le temps de songer à tout ce que ma jeune patiente pourrait devenir plus tard. Je me sentais épié, et je regardai de nouveau Lili. Cette dernière se cacha davantage derrière le matelas drapé. Je lui souris. Tout le monde savait quel genre de patient se cachait derrière la porte de la chambre dans laquelle nous étions. L'hôpital faisait circuler pas mal de rumeurs et de récits de faits divers à son sujet. Tout le monde savait donc que cette jeune fille craignait les adultes, et plus encore les hommes. Je ne comprenais pas pourquoi est-ce qu'on m'avait laissé la charge de son cas. A vrai dire, une femme aurait été bien plus rassurante pour Lili. Mais voilà, j'avais été le premier à la prendre en charge, pour lui attribuer les premiers soins. Alors j'avais la responsabilité de son suivi médical. Il faut dire que l'un des psychologues descendus la voir avait opté pour une relation durable entre ma patiente et moi. Il ne valait mieux pas surcharger les visages différents pour une jeune fille aussi apeurée. Je soupirai, tout en m'efforçant de conserver un sourire amical et chaleureux sur mes lèvres.

Je continuais de prendre des notes. Lili avait pu se tenir accroupie un certain temps, et puis elle avait réussi à se précipiter sous le lit dès que la poignée s'était abaissée. Son corps affaibli et aminci reprenait des forces petit à petit, mais nous étions encore loin de la courbe de croissance d'un enfant de son âge. Son âge, d'ailleurs, nous n'avions pas réellement réussi à le définir. Chaque indice, chaque information, nous était d'une préciosité incomparable. Un mot sortirait de sa bouche, et nous serions certainement libérés de nombreuses questions qui planaient autour de la jeune fille. Un mouvement attira mon regard et me fit relever les yeux de ma paperasse, pour observer ce qu'il se passait du côté du lit. Lili se recoucha. Elle semblait éreintée. Un tremblement, imperceptible pour l'oeil non aguerri, agitait ses jambes. Auparavant, la petite demoiselle n'aurait pas laissé cette faiblesse et serait restée sous le lit, confortée par la peur. Il ne fallait pas que je trahisse le peu de confiance qu'elle m'accordait. La méfiance ne se réduisait pas, mais elle changeait de dimension. Je choisis de lui annoncer ce que j'allais faire, afin de mieux la rassurer.

" Lili. Je vais m'avancer vers toi. Si tu veux que je m'arrête parce que ça va trop vite, fais-moi signe. Je vais juste enlever tes pansements, regarder les plaies, et remettre de nouveaux pansements. Je vais faire ça pour les bras et les pieds. Comme ça tu verras bien tout ce que je vais faire. Maintenant, je prends le produit et des bandes. "

Je fis quelques pas vers l'armoire où se trouvaient les produits. De l'antiseptique pour continuer la désinfection, des compresses, de l'adhésif, et une crème cicatrisante. Puis, je regardai Lili et, d'un signe de la tête, je lui signifiai que j'allais avancer vers elle. Je ne voulais pas l'effrayer. Mais il fallait que je la soigne. Alors j'avais opté pour une approche en douceur, comme lorsque l'on veut caresser un chat dont la patte est cassée pour l'emmener chez le vétérinaire. Il fallait que j'aille jusqu'à elle. Toutefois, il y avait une règle à respecter. J'avais connaissance de sa peur, et je devais tout faire pour qu'elle disparaisse. Cette fois-ci, nous étions seuls, et je comptais bien réussir à me débrouiller sans les flics. Mes yeux étaient rivés sur son corps qui devait la faire souffrir. Elle levait le petit doigt, et je m’immobilisais immédiatement. Cependant, j'espérais du plus profond de mon coeur, qu'elle n'en ferait rien.
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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Jeu 29 Nov 2012 - 19:24

Il me regardait. De temps en temps il me libérait de ses yeux gris pour griffonner quelques notes sur ses papiers, certainement examinait-il mon comportement, mes attitudes, les améliorations, ou écrivait-il peut-être aussi ses nouvelles questions qui naissaient en me regardant… puis de nouveau il m'observait, longuement, ce visage toujours impassible offrant un chaleureux sourire pour m'amadouer. Je n'aimais pas qu'on me regarde, j'avais l'impression d'être un animal dans une cage. Ca ne venait pas du docteur, ce n'était pas son regard en particulier, c'était plus un ressentiment qui m'était venu à travers la vision que les autres portaient sur moi. La patiente, la folle, la victime, l'esclave, l'objet, le jouet, la petite fille… Ils me jugeaient tous, me donnaient un nom, une étiquette, sur mon visage, ils me privaient de mon identité, de mon statut même d'humaine, pour faire de moi la chose qu'ils voulaient que je sois. On me regarde, on m'observe, on m'étudie, on m'examine, on me dissèque… à vif, sans attendre que mon corps refroidisse, on laisse le sang chaud couler et se répandre sur le sol, on écoute le tambour du cœur qui s'affole quand il a mal, on regarde comment l'air se dérobe d'un poumon percé…

Je relevai la tête, en entendant à nouveau sa voix, mais tournai bien vite le regard, n'osant pas rencontrer le sien, honteuse. Les bras et les pieds… je regardais mes avant-bras autour de mes genoux que je serrais contre moi, une mosaïque de stries et de bleus violacés, des cicatrices couraient sur ma peau blanche comme le labyrinthe d'une ramure épaisse, des pansements blancs, certains tachés de sang séché, venaient se poser ici et là, sur les grosses blessures qui me faisaient mal. Quand j'étais arrivée, je voulais pas qu'on me touche, d'ailleurs je veux toujours pas, mais là j'arrivais un peu mieux à gérer la terreur que me procurait le moindre contact sur mon corps, à condition qu'on cherche pas à me faire de mal, mais en tout cas, le premier soir, quand ils m'avaient amenés ici, ils n'avaient même pas pu m'approcher. Mais mon corps était très abimé, j'avais mal partout, et des blessures qui pouvaient s'infecter comme ils avaient dit et que ça pourrait devenir grave si j'acceptais pas qu'au moins ils me soignent un peu. J'avais pleins d'égratignures partout, et des méchantes égratignures. J'avais couru pieds nus dans les rues, parfois j'avais marché sur des morceaux de verres, qui étaient venus entailler ma peau. Toutes les fois où j'étais tombée, je m'étais esquintée les mains. Et encore, ça c'était dans la rue. Les autres, les cicatrices, les plaies profondes, les marques de coups répétés, et de fouet, ça c'était autre chose que les petits accidents de la rue.

J'en avais une vraiment pas jolie à l'avant bras gauche, celle-ci datait un peu, mais elle n'avait pas très bien cicatrisé. C'était dans un excès de colère, et d'excitation, je sais pas trop, quand il me torturait. Il était devenu complètement fou, enfin il était déjà fou, mais là, c'était dans ces accès de rages et d'exaltations telles, que j'avais peur qu'il me tue quand il était comme ça. Il avait pris une lame, et me l'avait enfoncé dans le bras, d'un coup sec, puis il avait tourné la lame dans ma chair, pour la déchirer. J'aurais pu me dire qu'il allait me laisser crever là, le corps à feu et à sang, qu'il allait me laisser agoniser et crever, que je serais libérée… Mais il s'est calmé, et une fois qu'il s'est calmé, après avoir assouvie sa soif de plaisir en moi pendant que je me vidais de mon sang, il m'avait soigné. Il s'était occupé de ma blessure, de faire des points à la va vite, de la désinfecter, et de la panser, pas pour que je survivre, mais pour préserver son petit jouet, pour qu'il puisse recommencer demain à s'amuser sur mon corps. Il ne m'aurait jamais offert le repos de la mort. La blessure ne s'était pas infectée gravement fort heureusement, mais disons que les soins de fortunes qu'il m'avait administré n'était pas vraiment à la hauteur d'un couteau planté dans le bras et que si le médecin n'avait pas insisté pour au moins s'occuper de celle-ci le soir même où l'on m'avait trouvé, la blessure aurait pu devenir plus grave.

Je tremblais, tandis qu'à chaque cicatrice qui tombait sous mes yeux, un souvenir revenait à moi. J'en avait plus que le nombre de jours que j'avais passé en captivité. Il avait passé ses mains sur tout mon corps, il n'y avait pas une parcelle de ma peau qu'il n'ait pas touché, embrassé, blessé. Il avait possédé mon corps, tout entier, sans rien laisser à moi-même, tout était à lui. Il n'y avait pas que mon corps, mon esprit aussi. Il me maitrisait complètement, il me disait ce que je devais faire, comment, quand… je ne pouvais pas parler, respirer, manger, ni même aller au toilette sans son autorisation. Où plutôt je devais attendre qu'il me l'ordonne. Il y avait jusqu'à ma vie qui lui était soumisse. Il pouvait me laisser mourir de faim, m'empêcher de respirer le temps qu'il désirait en me plongeant la tête sous l'eau, si il ne voulait pas que je m'endorme, mais que j'étais trop épuisée pour tenir encore, il me frappait pour que je tienne éveillée, jusqu'à que je tombe inconsciente, mais ça il ne s'en rendait pas compte, il continuait, il frappait, il ne m'entendait plus crier, il n'y faisait pas attention, tellement la violence le brulait, il continuait, toujours… Des fois, il se mettait en colère contre moi, parce que j'étais trop sale, mais j'avais pas le droit de me laver, il me foutait sous l'eau glacée, et il m'obligeait à me laver. Je voulais pas, parce qu'après, ce qu'il aimait, quand j'étais bien propre, c'était de me salir à nouveau…

Mes yeux humides devinrent rouges et des sanglots remontèrent le long de ma gorge, des larmes glissèrent de mes yeux comme la pluie des nuages. Serrée contre moi-même, je concentrai mon attention sur le docteur, revenant immédiatement au temps présent tandis qu'à la périphérie de mon regard je décelai un mouvement. Les bras et les pieds… Ca je pouvais… tant qu'il me touchait pas ailleurs… J'avais réussi une fois, je pourrais réussir deux fois. Je n'avais aucune méthode, ni technique, qui me permettait de me dire " laisse toi faire n'ait pas peur ça va passer " ça ce n'était pas possible avec moi, j'y arrivais pas, pourtant je pouvais résonner logiquement, je pouvais pour un temps accorder un peu de confiance, parce que j'y étais forcée de toute façon, mais… je pouvais pas me laisser faire dans l'idée que ça irait, que ça passerait. Je pouvais m'y forcer, mais je n'y parvenais pas. " Ca passera "... Mon instinct était plus fort que toute raison. J'avais une technique avant, elle vaut ce qu'elle vaut, elle ne marchait pas très bien, mais quand on en est à marche ou crève, enfermée entre quatre murs, sans le moindre espoirs de s'en sortir, esclave de tortures inhumaines, on essaye des trucs, des méthodes, pour que " ça passe ". On ferme les yeux, on pleure ou on hurle le plus fort qu'on peut, on essaye de faire comme si on existait plus, pour rien ressentir, on essaye de mourir à l'intérieur, le temps que " ça passe "… On attend, parce qu'on peut pas lutter, on attend que " ça passe ". Que ça se termine. Qu'il ait fini. Qu'il nous laisse sur le sol froid, nue, incapable de bouger, enchainée par la douleur, et le corps tremblant.

Je l'observai tandis qu'il allait chercher les produits dans l'armoire, du désinfectant, des bandes, du ruban adhésive, des compresses… rien de bien méchant hein ? Il se retourna vers moi, je déglutis et reculai un peu dans le lit, effrayée. Je plongeai mes yeux dans le vide, fuyant son regard, mais du coin de l'œil, je surveillais son avancée. Les bras et les pieds… Je ne bougeai pas, si ce n'est que je serrais très fort mes jambes entre elles, et très fort mes genoux à ma poitrine, les bras repliés tout autour pour me protéger, mon corps entier se tendant à l'extrême. Plus il avançait vers moi, plus j'avais du mal à respirer, d'un coté, l'angoisse augmentait mon rythme cardiaque, d'un autre, j'avais l'impression de ne plus réussir à respirer. Des larmes coulaient sur mes joues tandis que je regardai les draps blancs, le visage baissé à demi couvert par mes cheveux.

Plus il avançait vers moi, plus la pensée rationnelle projetant une image rassurante du gentil docteur au sourire bienveillant s'effaçait, au profit des ténèbres transformant son visage doux en masque de monstre terrifiant. Cette fois, ni Kate ni Jack n'étaient là, j'étais toute seule, dans la chambre fermée, avec cet homme, et j'avais si peur qu'il me fasse du mal. Mon cœur courrait très vite, mes poumons se vidaient, sans se remplir, mon sang bouillonnait mais j'étais glacée, morte de froid et de terreur à mesure qu'il venait à moi. Je fermai les yeux, et attendais que " ça passe ".

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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Dim 2 Déc 2012 - 18:55

Je regardais Lili. Elle avait ramené ses genoux contre elle, enlacés par ses bras fins et couverts de bleus, de cicatrices et de pansements. Son regard errait, comme la plupart du temps, et fuyait mes yeux. Ce n'était pas grave si elle ne me regardait pas en face. Je savais qu'elle me voyait avancer. Chacun de mes mouvements était passé au peigne fin, et cela ne nécessitait que ses pupilles fixent les miennes. Je savais l'ampleur de la tâche qui m'attendait. Cinq plaies sur le bras droit, et trois sur le gauche. Une dizaine de coupures sur les pieds, quelques plaies à continuer de désinfecter, sans doute quelques morceaux de verre et des cailloux restés coincés sous la peau à retirer. Si tout se passait bien, je pourrai également essayer de prendre ses constantes. Ecouter son coeur ou ses poumons, si Lili acceptait le stéthoscope sur sa peau, ce qui n'était vraiment pas gagné. L'infirmière et Kate Sweet qui s'étaient chargées de lui donner une chemise de nuit et de l'aider à retirer ses vêtements sales - chose qui avait nécessité plusieurs heures de travail psychologique avec la jeune patiente et qui avait été dure pour elle -, avaient repéré des marques de coups sur toute la surface de son corps. Le dos, l'abdomen, les bras et les jambes. On voyait que son visage avait également subi les sévices de la violence car l'une de ses pommettes était plus saillante et violette. Son front portait quelques bleus. Et sur son cou, je ne savais pas s'il s'agissait d'une marque de strangulation ou bien un coup de ceinture. Toutes ces preuves sur le corps de Lili étaient insupportables à voir. Elles révélaient toute l'horreur de ce qu'avait vécu la jeune fille. Elles me rappelaient ce qu'un soit, j'avais vu. J'avais fait. Frapper un homme à mort. Je recevais comme un coup à l'estomac ce reflet de ce que j'avais infligé à une personne. C'était il y a longtemps, fort heureusement, et cela ne servait à rien d'y penser à l'heure où je devais soigner Lili. Seule comptait ma patiente. Je crus percevoir un tremblement agiter son corps, mais je n'en étais pas sûr. Elle devait avoir froid, ou peur. Son regard se faisait encore plus distant qu'avant, comme si elle n'était plus présente dans la pièce. Elle semblait m'avoir quitté spirituellement, comme perdue et plongée dans ses souvenirs, dans ses pensées. C'est alors que ses yeux devinrent rouges et que des larmes perlèrent à ceux-ci. Leur détresse s'écoula le long de ses joues. J'étais juste à côté d'elle, et la jeune fille pleurait silencieusement. Avait-elle peur de moi ? Quelle ombre avait-elle vu passer devant ses yeux pour devenir si triste et désespérée en quelques secondes ? Je ne voulais pas y penser. C'était peut-être celle d'un homme qui, comme moi, avait frappé jusqu'à la mort.

J'étais prêt à avancer. Lili me regarda et je la vis reculer légèrement dans le lit. Je pouvais voir toute la peur d'un enfant dans ses yeux effrayés. Son visage était tendu. Son corps contracté. Je fis quelques pas, alors que la jeune fille avait encore détourné son regard de moi pour le rendre vide. Plus je m'approchais d'elle, plus l'adolescente se recroquevillait sur elle-même. Son visage était désormais baissé, et bien que ses cheveux couvrissent ses yeux, je crus voir de nouvelles larmes couler. Cela ne m'arrêta pas. Il fallait que j'essaie un peu plus encore. Voilà. J'y étais. Le lit, je pouvais le toucher. J'étais debout à côté de Lili qui tenait closes ses paupières. D'une voix la plus douce possible, je lui dis :

" Je suis à côté de toi Lili. Je pose le matériel, et puis je vais prendre ton bras. "

Je déposai sur une petite table avoisinante le désinfectant, les bandes stériles et tout le reste du matériel. Je laissai les ciseaux dans ma poche afin d'éviter un éventuel drame. Avec les patients instables, mieux valait être préparé à tout. Je m'assis ensuite sur un tabouret à roulettes qui trônait toujours prêt du lit. J'expirai profondément, avant d'annoncer :

" Voilà, Lili. Je vais prendre ton bras, le tendre vers moi, et retirer tout doucement les pansements. On va pas aller vite. Et si ça te fait mal, tu me le dis. "

J'avais toujours ce ton amical, chaud et doux. Comme le père qui veut réconforter son enfant, lui dire de ne pas avoir peur. Au moment où je posai ma main tiède sur le bras glacé de la jeune fille, un frisson la parcourut. C'est alors que je regrettai que les "objets transitifs" de Lili ne soient pas là, c'est à dire Kate et Jack, les agents fédéraux. Je songeai que nous pourrions trouver une sorte de doudou à Lili, pour qu'elle aie moins peur lorsque ses deux amis ne sont pas là. Le bras était contracté, dur et froid. Je ne pourrai rien faire si Lili ne se détendait pas un minimum. Dans un souffle, je dis son prénom, espérant qu'elle m'entende bien qu'elle doive être perdue dans le labyrinthe de la peur, domaine de ses monstres et de ses angoisses.

" Lili... "

[ Wouah ! J'suis époustouflé par la réponse que tu viens de faire c'est... beau ! ]

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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Mar 4 Déc 2012 - 18:24

[Ta réponse était magnifique et m'a même fait pleurer]

Je l'entendis me parler, doucement, juste à côté de moi, je pouvais presque sentir son souffle chaud exhalé d'entre ses lèvres. J'écoutai les bruits qu'il faisait, le tintement doux des objets lorsqu'il les déposa sur la tablette, je le sentis tout près, je savais ce qu'il voulait, il l'avait dit, prendre mon bras, il allait me toucher, sur ma peau blanche et bleutée. Ma partie rationnelle était d'accord pour le laisser faire, du moins tant qu'il faisait pas mal. Mais mon instinct, la Lili terrifiée, qui était de loin la plus importante part de moi, serra fort mes bras autour de mes jambes tremblantes, contractant tout mon corps. A nouveau il me prévint de ce qu'il allait faire, sa voix était douce, presque rassurante comparée à celle qui criait dans ma tête. Mais lorsque je sentis sa main chaude sur mon ma peau gelée je fus parcourue de frissons électriques qui remontèrent dans tout mon corps, glissant sur moi comme les filaments d'un jet de foudre.


" Lili ! "

La main se referma en un poing autour de mon bras, serrant si fort, ses doigts s'incrustant dans ma chair, il me souleva en l'air, et me balança contre le mur où je m'effondrai. Il était en colère, ses yeux verts brillants d'une rage folle, sa voix rauque vociférant mon nom, me couvrant d'insultes, remplie de cette haine noire qu'il éprouvait à mon égard. J'allais me rouler en boule, pour me protéger, quand il m'empoigna de nouveau, il me traina jusqu'au lit et me rejeta dessus, je me débattais, quand un coup fort atteint mon visage, je m'immobilisais de terreur. Il attacha mes poignets aux chaines qui pendaient en haut du lit, mon corps était secoué de tremblements, je serrais mes cuisses le plus possible, mais il écarta mes jambes pour attacher mes chevilles aux barreaux, m'empêchant de les resserrer, m'empêchant de me protéger. J'avais fermé les yeux, les larmes inondaient mes joues creuses.



" Lili… "

Mes yeux se rouvrirent, brutalement, tombant sur ceux du docteur, dont la voix douce venait de me tirer de mes cauchemars. Ma respiration était rapide, heurtée, galopante dans ma poitrine, comme si mon cœur s'était enrayé. Il avait sa main posé sur mon bras, j'avais envie de m'enfuir, loin, de me réfugier, là où je serais en sécurité, où personne pourrait me toucher. Ce lieu n'existait pas. J'eu besoin d'un petit temps, pour réussir à lui laisser prendre mon bras, pas que je voulais pas, mais je pouvais pas, je décontractai un peu mes muscles, faisant preuve d'un effort incroyable pour me persuader d'accepter son contact. Je gardais mes yeux rivés sur sa main sur ma peau, concentrée sur chaque mouvement, comme pour déceler de mauvaises intentions. Il n'appuyait pas fort sur mon bras, il ne le serrait pas avec violence, ni dureté, je pouvais l'enlever si je voulais, il ne me gardait pas prisonnière. Au contraire son contact était doux, délicat. Je me souvenais de l'autre fois, quand il avait soigné les blessures sur mon bras et à mes pieds, il m'avait pas fait de mal, il avait été doux, lent, il n'avait pas essayé de me forcer ni rien, la désinfectant me piquait, je n'aimais pas ça, mais ils disaient que c'était normal, que c'était le produit qui soignait, mais que c'était pas pour me faire du mal. J'essayai de me concentrer sur mon bras, de le forcer à se détendre, se décontracter, j'y parvins un peu, bien que je ne pouvais m'empêcher de trembler. C'était pas que je voulais embêter le docteur, en refusant de me laisser faire, mais j'avais peur. Je voulais bien le laisser toucher mes bras et mes pieds, mais c'était pas facile, entre ce que ma conscience acceptait, et ce que mon instinct refusait en bloc, rejetant toute tentative d'approche qui devenait immédiatement synonyme de danger. Je fermai les yeux, l'espace d'un instant, fatiguée de la tension musculaire.


" Ferme ta gueule ! "

Cria-t-il si fort que sa voix vint couvrir mes hurlements de douleur, il abattit sa main sur la joue gauche violemment avant de la reposer sur mon épaule, ses ongles s'enfonçant dans ma peau au rythme frénétique qu'il imposait à mon corps. J'obéis, docile, mordant mes lèvres jusqu'au sang pour m'empêcher de faire le moindre bruit. Mais ça faisait trop mal, et il s'amusait, pour m'obliger à craquer, à me donner des coups encore plus durs et violents. Alors j'hurlai de nouveau, lorsque la douleur me transperça soudain si fort, que j'avais l'impression qu'elle déchirait mon ventre. Son sourire s'étendit en un rictus, tandis qu'il se redressait un peu sur mon corps, me dominant de sa hauteur et de son poids qui m'écrasait. Tout en continuant de me violer, il abattit une pluie de poings sur moi, frappant tout ce qu'il parvenait à frapper, maculant mon ventre et ma poitrine de larges bleus sombres, remontant à mon visage qu'il cogna plusieurs fois jusqu'à que des filets de sang s'écoulent sur ma peau blême. Je suffoquais, il posa l'une de ses mains sur ma bouche, je voulais crier, mais il m'en empêcha, la douleur me transperça, encore et encore, à chaque fois plus fort, il gémissait de plaisir à mon oreille en des cris brutaux et rauques d'animaux, et je retenais l'envie de vomir qui remontait de mes entrailles, en même temps qu'il laissait s'écouler en moi la puissance violente de son désir.



Mes yeux se rouvrirent, papillonnant dans le vide, la lumière soudaine me frappa, face à l'obscurité qui régnait encore un instant auparavant. Je fixai mon bras à la peau pâle, avec la main du docteur dessus, mes yeux apeurés remontèrent jusqu'à son visage, que j'observai un instant, prudemment, avant de me détourner de nouveau. Mon cœur faisait le bruit des tambours qui s'affolent, il courait trop vite, et ma poitrine se soulevait et se rabaissait avec une cadence folle, comme l'air entrant et sortant rapidement d'entre mes lèvres blanches. Je manquais d'oxygène, je voulais fermer les yeux, pour me calmer, mais rien de ce qu'il y avait derrière mes paupières n'était rassurant. Je déglutis et fixai le vide, ici non plus, il n'y avait rien. Il n'y avait rien nulle part qui soit capable de me rassurer, et de faire en sorte que j'ai pu peur et pu mal. Encore une fois, je croisai le regard du docteur, mes iris terrifiés, suppliants. Dans mes yeux, je le suppliais de pas me faire de mal, mais aussi d'arrêter tout ça, d'arrêter la douleur, la peur, de me venir en aide, ou de me tuer.

Je le laissais faire, aussi dur cela soit-il, dans ma tête, j'essayai de repousser la peur, et de me convaincre, de le laissais me toucher, les bras, les pieds, c'était pas trop horrible, il me ferait pas mal… Une autre partie de moi ne résonnait pas pareil, elle, elle criait, sans s'arrêter, de plus en plus vite, de plus en plus fort : surtout ne bouges pas, caches-toi, mets-toi à l'abris, vas sous le lit, sous un meuble, sors dans la rue, non, restes là, n'ouvres la porte à personne, ne restes pas seule, appelles au secours, ouvres la fenêtre, recroquevilles-toi, protèges ton visage, enfermes-toi à clé, fermes la fenêtre, protèges tes yeux et ta bouche de la cendre et des flammes, allument le feu, brûles la maison, ne laisse pas les flammes venir à toi, fuis, le plus loin possible, penses à moi, ne m'oublies pas, ais peur, cris, n'attends pas, retrouves moi, ne t'en vas pas, vas sur la route, laisses les nuages t'emporter, ne te laisses pas mourir, défends-toi… Attends-moi… ne me laisses pas seul… n'éteints pas la lumière… restes dans le noir…

Est-ce que j'étais folle ? Est-ce que quand on était plusieurs dans sa tête on était fou ? Je marchais sur un fil, tendu au-dessus du vide, en déséquilibre, happée par le néant, déchirée entre toutes ces Lili, une pour chaque sentiment, chaque douleur, chaque souffrance. Et je me voyais sombrer, rater le pas, tomber encore et encore, dans les abysses. Est-ce que j'irai en enfer ? Je ne suis ni pure, ni innocente. Je suis venue de l'enfer, je repartirai en enfer, je n'aurais connu que le diable, je suis née du mal, j'ai vécu dans le mal et le péché, et je mourrai ainsi. Ce que je pense, c'est qu'il n'y aucun dieu ici. Juste le mal qui règne sans partage. Je pleurais beaucoup, je pouvais pas m'arrêter, j'avais froid, j'étais glacée, j'étais très très fatiguée, j'avais besoin que quelqu'un m'aide, me réconforte, me rassure, puisse apaiser les peurs et la douleur, mais c'était impossible, j'étais condamnée.

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MessageSujet: Re: Celle qu'on ne pouvait approcher ( Dr. Declan Walker ) Jeu 6 Déc 2012 - 20:45

Comme au son de ma voix presque implorante, Lili ouvrit les yeux d'une manière brutale, à la manière d'un enfant qui s'éveille d'un cauchemar. Sa respiration se faisait d'ailleurs vive et haletante. En tenant son bras, j'avais aussi accès à son pouls, que je sentais rapide. Elle me regardait. Je la regardais aussi. C'était la première fois que nos regards se croisaient aussi longtemps. Petit à petit, sans pour autant calmer sa respiration au rythme effréné, la jeune fille me laissa accéder à son bras. Le muscle fin et si contracté commençait à se détendre. Lili détourna alors ses yeux pour les poser sur ma main qui tentait d'étendre ce bras froid et pâle, rivé de bleus et de pansements. Je m'efforçais de ne pas mettre trop de force dans mes doigts, d'avoir un contact doux avec le membre de la jeune enfant. C'était comme tenir un oiseaux entre ses mains. Ne pas le laisser échapper, sans l'étouffer. C'était ainsi avec les petits et les jeunes. Leur laisser suffisamment de libertés tout en leur évitant de se mettre en galère. Justesse, mesure, acceptation de l'autre. Chercher à le comprendre, l'étudier pour l'adopter, se mettre à sa place pour l'aider. L'aimer. Nous étions, avec Lili, en plein dans la confrontation sociale des êtres humains. Chercher à se connaître pour progresser. Ensemble. Nous y arrivions, car Lili laissait venir à moi son bras. Je vis la jeune fille fermer ses paupières quelques instants. Elle avait l'air éreintée. Ce que je lui demandais nécessitait de sa part un effort considérable. Mais je n'allais pas abandonner là. Son bras était presque tendu désormais. Nous étions en train de réussir ! Ses yeux se rouvrir, comme la dernière fois, de manière brutale. Son regard se posait sur ma main, mais il n'était constitué que de vide, de néant. Que voyait-elle lorsqu'elle laissait le noir descendre avec ses paupières ? Je pouvais presque lire les atrocités des dernières journées sur son visage fatigué et ses yeux ternes. Ceux qui avaient fait du mal à Lili s'y étaient pris correctement. Ils l'avaient anéantie. Et pourtant elle luttait encore. J'arrivais au moment critique de l'opération : retirer les pansements. J'étais tellement concentré pour ne pas faire de mal à la jeune enfant que je ne sentis même pas son regard chercher le mien quelques secondes. C'est alors que j'allais l'informer de mon acte, relevant la tête, que je croisai ses iris alliant terreur et supplication. Je ne pus contenir mon étonnement. Je voyais dans ses yeux l'angoisse et le combat intérieur qu'elle menait, qui l’anéantissaient au point de sembler vouloir se jeter par la fenêtre pour les stopper. Ce que je lisais là me terrifiait. Je ressentais comme une boule qui se formait dans mon estomac. Que me disait-elle ? J'avais perçu ce message dans les yeux de mes patients atteints de cancer lorsque j'allais leur rendre une ultime visite en oncologie. Je les avais accompagnés plusieurs années, et je savais reconnaître lorsqu'un de ces malades supplie qu'on abrège le combat, les souffrances. Abandonner la lutte. Voilà ce qu'ils voulaient. Ce qu'elle désirait. Je le ressentais. Mais je refusais d'y croire, je préférais me tromper. Je baissai mes yeux sur le pansement que j'allais retirer tout en lui disant d'une voix douce, mais quelque peu enraillée :

" Je vais retirer le premier pansement Lili. Je vais tirer tout doucement. "

Je m'exécutai. Petit à petit, je décollais les bords du pansement, composés de sparadrap. Dès que j'eus achevé de retirer la gaze couverte de sang séché, je la jeta dans un petit sac poubelle. Je relevai mes yeux pour regarder Lili.

" Je ne t'ai pas fait mal j'espère ? "

J'attendis quelques secondes une réaction de sa part. Je n'avais pas besoin d'entendre des mots de sa part. Un hochement de tête, un haussement de sourcil, un clin d'oeil ou un sourire pourraient suffire. Lili luttait encore intérieurement. Je le voyais bien à son regard terne et vide. Elle était ailleurs, dans ses souvenirs ou ses angoisses. Peut-être y avait-il au fond de son coeur une chambre sombre, aux ombres effrayantes pouvant masquer à tout instant l'objet de la douleur qui la frappait et ne cesserait de la violenter toute sa vie. Elle grandirait avec le poids de cette souffrance qui la tirait dans tous les sens, ne lui laissant aucun répit. Je lui fis un sourire rassurant. Il ne fallait pas qu'elle y pense.

" Je vais nettoyer avec de l'eau salée, c'est comme la mer, en plus propre ! Et après, je remettrai un peu de désinfectant. "

Je pris la solution de sérum physiologique et en versai un peu sur une compresse stérile. Je passai alors le tissu froid et humide sur la plaie. Comment allait-elle réagir à ce contact ? Le sérum phy' ne piquait pas, mais ce froid imprévisible allait peut-être la déranger. Je décidai de lui parler.

" Ca va être un peu froid, ma grande. Tu sais Lili, si tu veux, on peut faire quelque chose. Tu n'aimes pas trop quand je te soigne, c'est froid, ça pique, ça tire... Et parfois, je ne pense pas vraiment à te prévenir au bon moment. Mais tu pourrais essayer, toi. D'enlever les pansements pendant que je nettoie les plaies ? Si tu penses que ça peut t'aider à penser à autre chose, ou te faire moins mal, je suis d'accord. Ca pourrait être amusant. Tu serais un peu comme une infirmière... "

Je lui souris franchement. J'avais terminé. J'allais désormais appliquer du désinfectant et refaire un pansement. J'allais... Mais peut-être était-ce un "nous" qui allait agir ? Qui sait ? Je ne perdais pas espoir de voir Lili accepter ma proposition.
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