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Des blessures à refermer

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MessageSujet: Des blessures à refermer Mer 14 Nov 2012 - 18:22

Coincée dans les embouteillages, Gillian pestait contre le temps qui s'écoulait trop vite sur le cadran lumineux de sa voiture. Elle n'était pas partie à l'heure de chez elle et allait arrier en retard au bureau pour son premier rendez-vous de la journée. Elle détestait ça, vraiment. Cela la stressait et la mettait de mauvaise humeur. Même la radio l'agaçait, c'est pour cela qu'elle l'avait éteinte et pianotait nerveusement sur le volant. Soudain son téléphone se mit à vibrer sur le tableau de bord, ce qui la fit sursauter. Elle jura en s'apercevant que l'appel provenait de son supérieur, Mr Taylor. Comment avait-il deviné qu'elle allait arriver en retard ? Elle décrocha, légèrement tendue.

- Docteur Foster, j'écoute.

- Bonjour Gilian, vous êtes déjà arrivée au bureau ?

- Non monsieur, je suis justement prise dans les bouchons.

-Parfait, alors changez d'itinéraire et retrouvez-moi à l'hôpital de Quantico. Vos rendez-vous ont été reportés.


La jeune femme fronça les sourcils. C'était pas bon signe, ça...

- Est-ce que je dois m'inquiéter monsieur ?

-Non, tout va bien. Vous allez avoir une nouvelle patiente. A tout de suite.


Taylor raccrocha avant qu'elle aie pu répondre quoi que ce soit. D'un côté, cela l'arrangeait car l'hôpital se situait à hauteur de la prochaine sortie, mais de l'autre, cela lui paraissait étrange. Rapidement, elle quitta l'autoroute et se gara dix minutes plus tard devant le centre médical. Un agent du FBI l'accueillit d'une poignée de main et l'escorta jusqu'au deuxième étage où l'attendait Taylor. Après les politesses d'usage, il lui présenta la situation.

- Hier soir, deux agents nous ont ramené une petite fille qui errait seule dans la rue. Elle était affamée et terrorisée, et jusqu'ici, personne n'est venu signaler sa disparition. Le problème, c'est qu'elle n'a pas décroché un mot depuis qu'elle est arrivée.

- Elle est muette ?

-On n'en est pas sûrs... On a mené des recherches, mais on ne sait pas qui elle est et elle n'a pas l'air de vouloir nous le dire. C'est pour ça qu'on a fait appel à vous. Personne ne sait ce qui lui est arrivé.


Gillian acquiesça. Evidemment, ça tombait sous le sens... On l'avait appelée parce qu'elle était psy, qu'elle savait lire sur les visages, mais par-dessus tout, parce que c'était une femme. La psychologue regarda autour d'elle et constata que la surveillance policière n'était effectivement assurée que par des hommes. Et tout le monde savait que les enfants se confiaient plus facilement aux hommes qu'aux femmes. Mais peut-être que Taylor l'avait fait parce qu'il savait que Gill était particulièrement douée avec eux.

La jeune femme regarda à travers le petit hublot de la chambre et un triste spectacle s'offrit à elle. La petite fille était assise sur le lit, les genoux repliés contre sa poitrine et le regard dans le vide. Elle vit clairement un cas de dépression, mais ne put déceler avec exactitude de signes de pulsions morbides. Or elle devait les détecter rapidement s'il y en avait pour éviter que la petite fille ne cherche à se donner la mort... Gillian regarda son supérieur sans dire un mot, et il hocha la tête : ils pouvaient entrer. Il ouvrit donc la porte et la laissa passer la première. La petite avait le menton posé sur ses genoux. Elle ne bougea pas lorsque la psychologue entra dans sa chambre. Seuls ses yeux se levèrent vers elle et aucune émotion ne passa à travers eux. En revanche, un léger tressaillement l'agita lorsque Taylor arriva. Ce détail n'échappa pas à Gillian, elle se tourna donc vers lui, mais son supérieur lut dans ses pensées.

- Qu'avez-vous vu ?

- Elle a dû se faire battre ou agresser sexuellement par un homme. Elle est en position de repli et je suis presque sûre qu'elle ne vous laissera pas l'approcher.

-D'accord, dans ce cas je vous laisse.

- Merci pour elle...


Son supérieur lui pressa doucement l'épaule et lui souhaita bonne chance avant de quitter la chambre. Lorsqu'il ferma la porte, Gillian se tourna vers la fillette. D'une voix douce, elle se présenta.

- Bonjour, je suis le docteur Gillian Foster. Je suis psychologue pour le FBI. Tu veux bien me dire comment tu t'appelles ?

Elle prit une chaise et s'assit près du lit. D'emblée, elle savait que ça n'allait pas être facile, mais la psychologue était quelqu'un de patient. Elle était prête à lui laisser tout le temps qu'il fallait. Après tout, elle avait réussi à communiquer avec un enfant autiste quelques années auparavant, elle pouvait tout aussi bien à faire parler cette petite fille traumatisée. Elle avait foi en cette patience qui permettait d'instaurer un climat de confiance entre le psy et son patient. Elle sourit donc à l'enfant pour la rassurer.

- Je suis là pour t'aider, tu sais. Nous voulons punir la personne qui t'a fait du mal.

Comme elle ne connaissait pas encore sa nouvelle patiente, elle commença par le plus simple. Elle ne pouvait pas prévoir ses réaction ni les anticiper, alors faire les présentations semblait être un bon début.
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MessageSujet: Re: Des blessures à refermer Mer 14 Nov 2012 - 20:51

Je regardai devant moi, pas le mur, ni le rebord du lit, ni l'espace entre les deux, en faite, je ne regardai rien, il y avait juste du vide, un vide ailleurs, plus qu'un vide, un néant. Je regardai dans le vide, assisse dans le lit, les genoux recroquevillés vers ma poitrine, mes bras tout autour, mon menton posé sur mes genoux, serrée contre moi-même, toute vide. J'avais abandonné l'idée que je puisse réussir à me protéger, à me défendre, à repousser le monde extérieur. Je me contentais de rester là, à attendre.

J'étais arrivée hier soir à l'hôpital, avec les policiers, ils m'avaient retrouvé dans la rue, morte de froid et de faim. Ici, il y avait des hommes. Ca fait très peur, les hommes. Ils sont plus grands, plus forts, et très méchants. Je peux rien faire pour me défendre. Tout ce que je peux faire, c'est m'enfuir loin, les empêcher de m'approcher, de me toucher. Mais je ne sais pas combien de temps je pourrais, je suis fatiguée. Je n'ai pas réussi à dormir cette nuit, trop effrayée par ce nouvel environnement, je me suis contentée de restée cachée en boule sous les couvertures.

Les médecins, et les infirmières, sont venus me voir plusieurs fois, ils m'ont posé tout un tas de questions, ils ont essayé de me toucher. Je n'arrive pas à parler, et je pense que je préfère pas, c'est mieux quand je parle pas, les gens n'aiment pas que je parle, il n'aimait pas que je parle, et il m'avait interdit de le faire. C'était mieux pour tout le monde que je ne dise rien. Si je parlais, il reviendrait accomplir ses menaces, je ne savais pas où il était, ni pourquoi il avait disparu, mais si je parlais, je savais qu'il sera de nouveau là. Il avait promis qu'il me retrouverait, qu'il me ferait très mal, et me tuerait. Alors je peux pas, j'ai trop peur, je veux pas qu'il revienne me faire mal.

Les gens de l'hôpital s'étaient donc heurtés à un mur, j'avais peur qu'ils ne se mettent en colère contre moi, parce que je refusais de leur répondre, mais je pouvais pas, j'avais trop peur. Et quand ils voulaient me toucher, pour m'ausculter, c'était encore pire, je me refugiais dans un coin de la pièce, des infirmiers avaient voulu me tenir pour que je reste tranquille mais les infirmières et le médecin avaient dit que non, que vu comment j'avais peur d'eux ça serait trop pour moi.

Ils essayaient de me rassurer, ils n'étaient pas méchants avec moi, mais j'étais terrifiée, et j'avais aucun repère, juste peur, la peur était mon seul repère. Et puis, je n'avais pas l'habitude d'être entourée d'autant de monde, ça augmentait mon angoisse, et ma fatigue. Le point positif, c'était qu'hier soir ils m'avaient donné à manger, un vrai repas, chaud, comme je n'avais pas bien mangé comme ça depuis longtemps. Ils m'ont pesé, je suis très petite, mais mon poids leur fait vraiment peur apparemment, ils ont dit que je devais vite regagner du poids, parce que c'était grave. J'étais vraiment affamée. Je déteste les hôpitaux, les hommes, et qu'on essaye de me toucher, mais quelque part je suis un peu en sécurité ici, les gens m'ont pas fait de mal encore, et il fait chaud, et j'ai le droit de manger.

La porte grinça soudain, je retins un sursaut de peur, j'étais très très fatiguée, et toutes ces choses, c'était trop pour moi, je n'avais plus la force de me battre et de repousser les attaques extérieures. C'est pourquoi je regardai la jeune femme entrer, sans bouger, livrée et abandonnée à moi-même, passive et sans ni espoir ni volonté de pouvoir m'en sortir d'une quelconque manière que ce soit.

J'aurais voulu dormir, dormir sans rêver, ne plus penser, et ne plus me souvenir. C'était possible ça ? Je voudrais que ça s'arrête, je suis très fatiguée, mais je peux pas dormir, si je ferme les yeux, il revient et avec lui tout un monde de fantômes et de monstres. Je tressaillis en voyant l'homme qui suivait la jeune femme, si cette dernière m'était inconnue, le second lui je le connaissais depuis hier soir. Il me faisait peur, parce que c'était un homme, je voulais m'enfuir, me cacher sous le lit, mais je ne bougeais pas, trop effrayée et épuisée.

Ils échangèrent quelques mots, et à mon grand soulagement le docteur sortit en ne laissant que la jeune femme dans la chambre. Enfin, je sais pas si je devais me sentir très rassurée, mais normalement, j'étais en sécurité, en tout cas c'est ce qu'avait dit les policiers, les docteurs, et les infirmières… Elle n'avait pas l'air très méchante, mais j'étais méfiante. Elle parla d'une voix toute douce, pour se présenter.

Une psychologue ? Je n'aimais pas ça, j'en avais déjà vu, y a très longtemps, au centre, ils étaient méchants, ils disaient des choses méchantes, et ils disaient que j'étais folle. Effrayée je reculai dans le lit en me serrant contre moi-même. Elle continua en me demandant mon nom, je secouais la tête négativement, pas le droit de parler… Elle s'approcha et mes yeux craintifs la regardaient timidement. Elle prit une chaise pour s'asseoir à coté du lit, et j'étais soulagée qu'elle n'approche pas plus, j'étais prête à bondir hors du lit pour m'enfuir si elle avait encore avancé.

Est-ce qu'elle était là pour me faire enfermer ? Je voulais pas qu'on m'enferme, pas encore, pas dans le noir, j'aurais préféré mourir, plutôt que de vivre encore ces choses. Mon souffle commença à s'affoler un peu, et mon corps tremblait légèrement. Si ils voulaient m'enfermer, je ferai quelque chose, pour m'échapper, pour pas qu'ils puissent, il y avait des policiers dehors, je le savais, ils gardaient la chambre, il y avait tous ces gens qui me surveillaient, et m'empêcherai de partir, mais si il le fallait, je préférerai mourir, avant qu'il ne soit trop tard pour m'enfuir. Est-ce qu'il était déjà trop tard ?

Mais la suite me surpris plus qu'autre chose, durant un court instant, l'étonnement remplaça la peur sur mon visage, avant que la crainte ne revienne tandis que mes yeux de plus en plus hésitant allaient de son visage doux, au reste de la chambre, et aux plis des draps de mon lit. J'avoue que je ne comprenais pas très bien. Pourquoi est-ce qu'elle voulait m'aider ? Personne voulait jamais m'aider, et dans les hôpitaux, les gens étaient méchants. Je me sentais perdue, et ça me donnait envie de pleurer, je retins mes larmes et me collai contre le mur pour me protéger.
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MessageSujet: Re: Des blessures à refermer Jeu 22 Nov 2012 - 10:54

La petite fille s’était repliée dans un coin pour s’éloigner le plus possible de Gillian. La jeune femme n’insista pas, elle voyait bien qu’elle était terrorisée. La fillette se serrait tant contre le mur que si elle avait pu, elle serait passée à travers pour s’échapper. Il fallait user de beaucoup de patience et de tact… La psychologue sortit de sa mallette de quoi prendre des notes sur cette séance improvisée et décrit en quelques mots l’état de la petite fille. Le fait qu’elle ne parle pas n’était pas un problème pour Gillian. Il y avait d’autres possibilités de dialogue. La seule question était : la comprenait-elle ? Il se pouvait que la fillette soit sourde et muette ou que l’anglais ne soit pas sa langue maternelle. Tout était possible, personne ne savait qui elle était et d’où elle venait. Dans les deux cas, elle pouvait lire sur les lèvres de la psychologue ou se fier à ses mouvements ou ses expressions. La jeune femme s’immobilisa donc, figea les muscles de son visage pour ne laisser passer aucune émotion, et plongea son regard dans celui de sa petite patiente pour ne laisser passer qu’un message vocal.

- Je ne m’avancerai pas plus que ça, je te le jure. Je peux même reculer si tu le veux. Et tant que je serai là, je ne laisserai personne t’approcher.

La fillette avait toujours ce regard méfiant, mais la jeune femme vit quelques muscles se détendre sur son visage, ceux sous ses yeux, notamment. C’était à peine visible, de l’ordre de la micro-expression, presque indécelable pour un profane. Mais Gillian l’avait vu. C’était preuve que la petite entendait et comprenait ce qu’elle disait. Peut-être que le traumatisme qu’elle avait vécu avait condamné sa voix, peut-être refusait-elle tout simplement de communiquer, mais ce n’était pas un obstacle à proprement parler.

La jeune femme regarda autour d’elle et remarqua quelques feuilles blanches et une petite trousse posées dans un coin sur une table. La trousse contenait des crayons de couleurs et avait été déposée là par le personnel de l’hôpital. Rien de plus normal, on était dans la partie réservée aux enfants. C’était parfait, elle n’allait pas perdre de temps en demandant à un infirmier de lui apporter de quoi dessiner, ni risquer d’effrayer la petite fille. Sans interrompre le contact visuel qu’elles avaient établi, Gillian se leva lentement et se dirigea vers la petite table. Sans geste brusque, tout en douceur. Elle voulait vraiment lui montrer qu’elle ne lui voulait aucun mal. La tablette était l’une de celles que l’on utilisait pour déposer le plateau-repas de chaque patient. Montée sur roulettes, on pouvait la déplacer et la placer au-dessus du lit. C’est ce que fit Gillian avant de revenir s’asseoir à sa place. Avec un sourire encourageant, elle poursuivit.

- Tu ne peux pas parler, mais je sais que tu m’entends. Si tu veux, tu peux m’expliquer ce qui s’est passé avec des dessins. Ou écrire ton prénom si tu veux…

C’était le moyen le plus utilisé par les thérapeutes pour communiquer avec les enfants, mais encore fallait-il qu’ils veuillent bien prendre un crayon et dessiner. L’analyse de la créativité des enfants pouvait en dire long sur leur état psychologique. Cela passait par les couleurs choisies et allait jusqu’à la complexité des détails. Gillian espérait vraiment gagner sa confiance pour pouvoir la libérer de ses tourments. Qui sait, peut-être retrouverait-elle l’usage de la parole… Pour commencer cette relation de confiance, la jeune femme choisit d’instaurer un code entre elles. Du bout du doigt, elle traça une frontière imaginaire entre elle et la petite fille en suivant le bord de son lit.

- Tu vois cette ligne ? Je n’irai pas au-delà, il n’y a que toi qui as le droit de la franchir. Et tu le feras quand tu te sentiras prête… Tu n’as rien à craindre avec moi, trésor.

La psychologue voulait atténuer la peur qu’il y avait dans ses yeux. Il fallait qu’elle sache que quoi qu’elle ai pu endurer, le pire était passé et qu’on ne laisserait pas son bourreau l’approcher. Des hommes armés allaient garder sa chambre jour et nuit. Des enquêteurs allaient suivre la piste du criminel. Des médecins allaient la guérir. Et une psychologue allait soigner les maux de son âme.
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MessageSujet: Re: Des blessures à refermer Jeu 22 Nov 2012 - 19:10

J'observai chacun de ses mouvements avec beaucoup d'attention, je surveillais qu'elle s'approche pas, et dès qu'elle bougeait, tout mon corps se contractait. Elle faisait toujours des gestes lents, sans brutalité, délicats, pour ne pas m'effrayer. Elle s'était tournée vers moi, et son visage s'était vidé de toute expression, son corps, ses attitudes, et ses traits, n'envoyaient plus aucun signaux que je pouvais interpréter, elle était toute vide à l'extérieur et je ne pouvais pas savoir ce que je cachais son masque de neutralité. Apeurée par ce changement étrange, je me resserrai contre le mur, me recroquevillant en baissant la tête.

En l'entendant j'eu un petit frémissement et relevai mes yeux vers elle. Elle avait toujours cette voix douce, j'aimais bien le son de sa voix. Je jetai un regard rapide sur la porte derrière elle, avant de reposer mes yeux sur les draps blancs du lit. Combien de temps avais-je passé les yeux rivés sur la porte, toute la nuit, chaque instant, je m'étais attendu à qu'il surgisse de derrière la porte, qu'il apparaisse d'un coup, devant moi, dans la petite chambre. Mes yeux se relevèrent pour regarder rapidement la pièce autour de moi que j'avais détaillé déjà des milliers de fois. J'étudiais chaque recoins pour trouver le meilleur endroit où j'aurais pu me cacher, pour me mettre en sécurité si jamais… Il n'y avait nulle part où l'on ne pourrait m'atteindre, je pouvais toujours me cacher sous un meuble, on finirait par m'y trouver, je pourrais toujours me débattre et m'enfuir, on arriverait toujours à me toucher.

Je regardai de nouveau la psychologue, il n'y avait jamais aucune distance assez grande entre moi et les autres pour que je puisse me sentir en sécurité, mais si elle avait approché encore, je serais partie en courant. J'aurais pas du me faire attraper dans la ruelle, si seulement j'avais réussi à m'enfuir… Je serais où maintenant ? Dans une autre ruelle dangereuse ? A avoir faim et froid ? Pourvu qu'elle m'approche pas…

Sans me quitter des yeux elle se releva doucement, je me raidis, et l'observai se déplacer, me préparant à aller me cacher dans un coin de la pièce. Elle ne s'en prit pas à moi mais alla chercher une petite table à roulette où étaient posés des feuilles et une trousse avec des crayons, elle l'approcha du lit pour me permettre de les utiliser. Je ne savais pas comment expliquer, même par dessin, et puis je n'étais pas sure de savoir dessiner, c'est vrai, je me souvenais pas vraiment d'avoir déjà pu dessiner. Mais, elle voulait aussi que j'écrive mon prénom, ça je pouvais. Mais ça voulait dire que je devrais détacher ma concentration et mon attention d'elle, même si c'était pour quelques secondes.

Figée dans mon coin, je la regardai avec méfiance, avec sa main elle traça comme une frontière autour du lit, avant de m'expliquer qu'elle ne la franchirait pas, et que derrière cette ligne, je ne craignais rien. Difficile à imaginer, et encore plus à la croire, mais elle était gentille, et sa voix douce me rassurait un peu à vrai dire. J'espérai que c'était vrai en tout cas. Et puis, jusqu'à maintenant, elle n'avait pas essayé de me toucher. Mais je savais aussi que ça pouvait être une façon de me faire du mal, d'attendre, de gagner ma confiance, avant de s'en prendre à moi. Elle avait l'air d'une gentille pourtant.

Pendant un long moment mes yeux firent le voyage entre les siens et le reste de la pièce, la fuyant, ou la cherchant, à tour de rôle. Elle ne bougeait pas, ne s'approchait pas, même quand je ne la regardais pas. J'avais peur quand elle me regardait, pas que peur, j'avais honte, dès que je croisai son regard, je détournai les yeux. Lentement je m'approchai de la tablette, chacun de mes mouvements étaient très prudents, tous mes muscles étaient contractés, puis j'ouvrai doucement la trousse pour en sortir un crayon. J'écrivis d'une main hésitante et tremblante, mon prénom sur un coin de la page, comme si je voulais pas qu'il prenne de place, comme si je voulais que ça soit comme si il était pas là, comme si j'étais pas là. " Lili ", le mot était tracé au crayon noir, l'écriture était incertaine, légèrement penchée, les boucles des L cassées, et les points des I si petits qu'on ne les voyait pas. Je pris la feuille et la repoussai sur le coté extérieur de la tablette, pour que la psychologue puisse la prendre.

Je l'observai un petit temps, avant de reprendre une autre feuille. J'étais curieuse en faite, avant quand j'avais demandé de pouvoir dessiné, on me disait non, et on refusait, mais j'avais toujours eu envie pourtant, et je ne me souvenais pas de toute une partie de mon passé, je ne savais pas si j'avais déjà dessiné, dans ces souvenirs bannis de ma mémoire. Avec le crayon je me mis à dessiner, timidement, m'arrêtant de temps à autre pour surveiller autour de moi si il n'y avait pas de danger, avant de me repencher sur la feuille griffonnée.

Mon souffle s'accéléra, à mesure que mes doigts pris dans un mouvement naturel, sans que j'ai besoin d'y réfléchir, faisaient naitre sous mes yeux un paysage particulier et que je reconnaissais, tout autant qu'il m'effrayait. C'était comme une image vivante sous mon crayon, elle bougeait, se transformait, elle était comme hantée par les ténèbres. C'était une petite chambre au sol et aux murs sales tachetés d'ombres, un lit très sommaire et en mauvaise état dormait sur le coté droit, il n'y avait qu'une fine couverture trouée posée sur le matelas décharné, il y avait des chaines qui pendaient, accrochés aux barreaux au pied et à la tête du lit. Il n'y avait aucune source de lumière, tout était sombre, dans des nuances de gris, sans la moindre couleur. Sur le mur du fond, il y avait une porte entrouverte avec pleins de verrous accrochés sur le métal, et une silhouette gigantesque se tenait dans son embrassement, sa main aux longs doigts griffus étaient posées sur la porte, et ses yeux, ils étaient brillants. Son ombre terrifiante envahissait toute la pièce, reflétant l'image d'un monstre déformé par ma terreur. Autour de lui, dansaient comme des spectres.

Je reculai dans le lit pour me recroqueviller contre le mur, serrant mes genoux contre ma poitrine, je sanglotai doucement, je respirai vite, paniquée, effrayée par le dessin si étrange qui était sorti d'entre mes doigts. Je ne savais pas dessiner, alors comment j'avais pu faire quelque chose comme ça ? L'image en soit était plutôt réaliste, elle représentait la chambre où j'avais passé un temps inimaginable enfermée, tous les détails y étaient, jusqu'à la plus infime fissure au mur, mais elle était comme déformée, métamorphosée par mon regard, par mes émotions et les sentiments que j'y attachais. La peur et la douleur faisaient apparaitre des fantômes dans l'obscurité, elles déformaient les lignes géométriques en figures d'horreur, et elles transformaient mon bourreau en un monstre.

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MessageSujet: Re: Des blessures à refermer Mar 4 Déc 2012 - 0:06

Une dizaine de minutes à peine venaient de s'écouler, mais il semblait à Gillian que la petite fille avait légrement relâché la pression. Il y avait moins de crainte dans ses yeux et elle sentait qu'elle avait un peu moins envie de la fuir. Elle prit même la feuille et les crayons que la jeune femme lui avait tendus. Avec d'infimes précautions, elle avait ouvert la fermeture Eclair et choisi une couleur Malheureusement, il était prévisible que ce soit du noir, et les autres crayons qu'elle utilisa ensuite furent tout aussi sombres. Elle commença par écrire son prénom, en tout petit, dans un coin. Gillian se pencha légèrement en avant pour le lire. Elle releva ensuite la tête pour la gratifier d'un sourire.

- C'est un très bon début, Lili. Il y a autre chose que tu as envie de me dire ?

La psychologue était soulagée de constater que la petite n'était pas fermée au dialogue. Le problème était mécanique, il n'était pas question de mauvaise volonté ou de refus catégorique de communiquer. Elle observa de plus près son écriture. Le plus rassurant était de voir que la petite avait reçu assez d'éducation pour savoir écrire. Taylor lui avait confié qu'il craignait un cas de très longue captivité. Mais compte tenu de ce qu'elle venait de voir, elle en déduisit que sa période n'avait duré que quelques années, juste après avoir appris à lire et à écrire à l'école. Au vu de son âge, même si l'enfer avait dû durer trop longtemps pour elle, la casse avait été limitée. On ne l'avait pas enlevée au berceau, donc le risque du syndrôme de Stockholm était plus réduit. Lili allait sans doute les aider à retrouver son agresseur.

Son écriture était fine, les lettres plutôt petites, et les points sur les i quasi inexistants. A en juger son âge, cela montrait qu'elle avait grandi trop vite. Physiquement, elle ressemblait à une jeune fille de son âge, mais dans sa tête, elle avait muri bien plus tôt que les autres. C'était révélateur sur la nature des sévices subis. Lili avait dû endurer le pire et c'était sûrement ce qui l'empêchait de parler. Les traumatismes que cela impliquait allaient être difficiles à aborder. Mais Lili ne s'arrêta pas là, elle prit d'autres crayons et se mit à dessiner une pièce sombre et inquiétante. A l'intérieur de celle-ci, on pouvait reconnaître un lit avec des chaînes. La psychologue grimaça en voyant ce dernier détail, attristée pour sa patiente.

- C'est là qu'il t'a enfermée ? C'est là qu'il t'a fait du mal ?|/b]

Le dessin était très parlant, trop peut-être. Il était digne d'un artiste. C'en était terrifiant quand on savait qu'il avait été fait par une enfant traumatisée qui n'avait pas revu la lumière du jour depuis bien longtemps. La psychologue resta un instant sans rien dire, à contempler ce dessin. Soudains elle eut l'idée de le transmettre à son supérieur pour que les enquêteurs et les profileurs en tirent quelque chose. Il leur était arrivé de retrouver des auteurs d'enlèvement sur la simple base des souvenirs de leurs victimes : couleur des briques, ce qu'ils voyaient à la fenêtre, les sons extérieurs qu'ils percevaient... Mais elle devait d'abord le dire à Lili, c'était la moindre des choses.

[b]- Lili, je voudrais donner ton dessin aux enquêteurs parce qu'ils pourront peut-être s'en servir pour retrouver celui qui t'a fait du mal. Tu as tellement bien dessiné que ça pourrait être une photo. Est-ce que tu es d'accord pour que je le leur donne ? Je n'en aurai que pour quelques secondes, ils sont juste là dans le couloir.


La jeune femme ne s'était pas encore levée de son siège, car elle doutait que Lili lui donne son approbation. Livrer ce souvenir de sa captivité à des inconnus était difficile, c'était comme se mettre à nu. Et comme ce choc émotionnel était très récent, il fallait y aller avec des pincettes, à tous petits pas. Faire ce dessin avait été très éprouvant pour elle, Gillian avait entendu sa respiration saccadée sous l'effet de la terreur. Et à présent, elle s'était à nouveau recroquevillée dans un coin, serrant ses genoux contre elle et laissant couler ses larmes. La psychologue essaya encore une fois de la rassurer.

- Tout va bien Lili, il ne pourra plus te faire de mal. Les médecins qui travaillent ici vont te soigner, ils sont là pour t'aider... et moi aussi. Je ne laisserai plus jamais personne te faire souffrir.

Evidemment, la croire était plus facile à dire qu'à faire pour Lili. Mais Gillian pensait que lui répéter souvent allait l'en persuader pour la laisser approcher. Instinctivement, la jeune femme l'aurait prise dans ses bras pour lui montrer sa bienveillance. Mais le contact physique était à proscrire avec elle, il fallait lui laisser du temps pour réapprendre à établir le contact avec les gens. C'était à elle de faire le premier pas vers la psychologue dans ce domaine. Gillian attendrait le temps voulu car cette décision ne lui appartenait pas, il fallait que Lili se sente prête à tisser des liens avec elle. Pour l'encourager, elle continua à lui poser des questions. Elle se disait qu'éventuellement, Lili lui répondrait par écrit ou par des signes. Ou peut-être pas.

- Est-ce que tu connaissais son nom ? Il te demandait de l'appeler d'une façon particulière ? Est-ce qu'il t'a obligée à faire des choses que tu ne voulais pas faire ?

Le sujet d'abus sexuels était terriblement délicat à aborder. On ne pouvait pas demander de plein but à une victime si on l'avait agressée de la sorte, d'autant plus s'il s'agissait d'un mineur. La psychologue décida donc de commencer par le plus général. Ce serait dans la manière qu'aurait Lili d'interpréter sa question qu'elle déterminerait si son bourreau l'utilisait comme esclave domestique ou sexuelle. C'était malheureusement un détail capital pour la police mais surtout pour les médecins. Aucun d'entre eux n'avait réussi à toucher la petite, personne n'avait donc pu constater l'ampleur des dégâts...
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MessageSujet: Re: Des blessures à refermer Mer 5 Déc 2012 - 22:43

La question résonna dans ma tête, comme des sirènes à l'autre bout de la mer, elle n'était pas si simple que cela, qu'est-ce que j'aurais voulu dire ? Maintenant qu'on m'en donnait les moyens, et le droit, malgré mon incapacité à utiliser la parole, qu'est-ce que j'aurais envie de communiquer ? Rien. Je ne communiquais pas, je ne savais pas faire ça moi, communiquer, je savais juste obéir, je répondais aux questions, bien sage, mais si on me demandait ce que moi je voulais dire, ce que je voulais, j'en savais rien. Je n'avais rien à dire, je ne savais pas comment on communiquait, avec lui, je ne communiquais pas, il ordonnait, criait, frappait, et je me soumettais. Je répondais, c'était tout, je n'exprimais pas pour moi, mais seulement si l'on m'en faisait la demande. Et je ne pouvais pas toujours répondre, je ne pouvais pas tout dire, ou du moins tout écrire, parce que les mots, et même les images, étaient difficiles, ils me faisaient mal, gravés au fer chaud sur ma peau de fantôme, les donner s'était comme couper un bout de ma chair vive pour le confier à l'autre, celui qui aurait tout à loisir de torturer la partie de moi tenue entre ses mains. Mais il ne restait plus grande chose de moi. On avait déjà tout dévorer sur mon corps, les loups, les charognes, les vautours, les corbeaux, tous y étaient passés pour se repaître de mon cadavre. Il avait tout arraché de moi, vêtements déchirés, peau lacérée, virginité transpercée, âme souillée… Il tenait toutes ses parties, qu'il m'avait prise, entre ses mains d'ogre, il y enfonçait les épingles, jusqu'au sang.

La psychologue était absorbée par le petit mot écrit dans un coin, minuscule, comme si elle pouvait lire à travers ce petit mot, autre chose que le nom qui y était inscrit. Qu'y voyait-elle ? Je risquai un coup d'œil vers elle, avant de me détourner de nouveau, le regard plongé dans ce vide sidéral, ce vide qui dévore, le trou noir macrophage qui engloutis les rêves. Je ne devrais pas autant me confier à cette femme, je la connaissais pas, les gens comme ça, ils étaient méchants, ils voulaient juste me mettre dans une cage, je refusai de retourner en prison. Mais pourtant elle m'avait prise au piège, de sa voix douce, de cette tendresse et cette bienveillance qui transparaissait en elle, je lui avais déjà donné trop de confiance que j'aurais dû. J'avais été bête, j'étais fatiguée, j'avais peur, j'avais baissé un peu trop ma garde. La psychologue entrepris d'examiner le dessin ensuite, je me détournai un peu d'elle, toutes ces pensées, ces visions, me rendaient folle, je le renvoyais, dans l'entrebâillement de cette porte, dans l'obscurité de la petite cellule, ombre des ombres, gigantesque, son regard luisant dans la nuit… Je ne voulais pas qu'on m'enferme encore, pas ça, je voulais pas. Des larmes roulaient sur la peau tuméfiée de mon visage aux joues violacées, elles me brulaient. Tout me brulait, mon corps entier était un brasier sans fin de douleurs. Des bleus, des entailles, des lacérations, des marques, des cicatrices, des brûlures, des plaies, partout, j'avais mal partout. Et dans ce brasier géant, il y avait un endroit, un point où la douleur culminait, quelque chose, qui faisait terriblement plus mal que tout le reste.

Sa voix était douce, mais les questions qu'elle posait étaient dures. Elles me rappelaient ces jours sans fin, ces heures, qui pouvaient paraitre une éternité, entre ses mains, la douleur, la douleur qui s'arrêtait jamais, quand il me laissait, morte sur le sol froid, pour quelques heures tout au plus, morte sur le sol froid, pour que je prenne conscience de sa compassion, de sa bonté, de son amour… Comme une fleure qu'il me faisait, en m'accordant le repos, gisant dans mon propre sang, et d'autres choses dont le souvenir rongeait encore mes entrailles. Il m'ordonnait parfois, de dire combien il était bon avec moi, combien je l'aimais, combien il me donnait du plaisir, que je lui en serais toujours reconnaissante, de ce qu'il m'offrait… dans sa bénédiction…

La douleur dans mes entrailles se fit plus violente, comme un torrent bouillant, qui se déversait, me traversait. Recroquevillée contre le mur, j'avais posé une main sur mon ventre, comme pour en calmer la souffrance, concentrée, je me retenais pour ne pas vomir, je voulais chasser de moi ces choses répugnantes, mais elles étaient comme incrustées dans ma chair, elles étaient moi, j'étais répugnante. J'aurais voulu tellement qu'elles disparaissent, qu'elles n'aient jamais été là, qu'elles me laissent en paix, mais elles étaient là, me recouvrant complètement, j'étais sale, je portais ses marques, j'étais monstrueuse, défigurée. Et moins je voulais y penser, et plus ça s'imposait à moi, me dépassant, me contrôlant. Toutes ces images, tournaient, dans ma tête, de plus en plus vite, et moi je tremblais, je tremblais et je serrai mes jambes, sur le petit lit blanc, ma peau blanche se faisait translucide, mon cœur battait trop vite dans ma poitrine, l'air se bloquait dans ma gorge, m'étouffant, et lorsque mes doigts effleurèrent mon cou, comme pour trouver un peu d'air, ils rencontrèrent la trace qu'il avait laissé là, dans la peau, incrusté pour toujours. J'avais répondu à la psychologue d'un hochement de tête, gentille petite fille obéissante. Mes yeux rouges se posèrent un instant sur le dessin qu'elle tenait, sa justesse, entre le souvenir de mon esprit, et sa reproduction ici, était d'autant plus frappante qu'elle m'était horrible et insupportable à regarder. J'étais restée là, deux années durant, dans cette petite chambre, minuscule, avec ce lit défoncé, sale, salis des choses qu'il me faisait, lorsqu'il m'attachait à ces barreaux. Mes yeux se baissèrent pour se fixer sur mes poignets enserrant mes jambes serrées. On voyait encore les marques des chaines s'incrustant dans la chair. Des fois, il m'attachait comme ça, puis il faisait ses choses, qui faisaient très mal, et il partait, il partait, après s'être amusé quelque heure avec son petit jouet, et il me laissait là, solidement attachée, pour plus tard, comme un morceau de viande que l'on se garde de coté pour venir terminer de le manger un peu plus tard, quand il aurait de nouveau faim.

J'attendais, sa question suivante, où ce qui pourrait arriver, d'autre qu'une question. Qu'est-ce qui me prouvait qu'elle me ferait pas de mal ? Je déglutis, fixant mes mains posées sur mes genoux. Sa question ne tarda pas, tandis qu'elle examinait avec précision le dessin. Elle me surprit et je tournai ma tête vers elle, juste pour une seconde. Je secouai immédiatement la tête négativement en reculant, prise de panique. C'est pas que je voulais pas, je ne pris même pas la peine d'ailleurs de réfléchir à ce que je voulais, c'était plus une réaction instinctive, comme si ça aurait pu être quelque chose de dangereux. Et ça l'était quelque part, je n'avais pas le droit de dire quoique ce soit sur ce qui c'était passé, sinon il me tuerait, et même si je n'avais rien dit, ce dessin était quand même assez révélateur et parlant pour qu'on puisse le considérer comme un manquement d'obéissance à ses menaces qu'il avait proféré. Oui, mais j'oubliai une chose, ce qu'il y avait aussi la psychologue qui avait autorité sur moi, et que je devais lui obéir, j'avais réagis trop vite, par peur, une réaction émotionnelle que j'avais pas pu contrôler. D'un coup, je ne savais plus, à qui j'étais sensé obéir ? Sauf que j'étais sensée obéir à toute autorité dominante. Alors à qui devais-je désobéir plutôt ? Que ce soit l'un ou l'autre, ils étaient en capacité de me faire du mal, et même plus la psychologue qui se trouvait là, juste à coté de moi, alors que j'ignorais complètement où se trouvait le monstre. Donc, je devais plutôt obéir à la psychologue. Alors j'avais fait une grosse erreur, qui pourrait me couter chère… Mais s'était trop tard… Je m'étais recroquevillée contre le mur, protégeant mes jambes et ma tête avec mes bras, tremblante. Mais alors que je m'attendais à qu'elle me fasse du mal parce que j'avais pas fait ce qu'elle voulait, elle m'étonna à nouveau, en s'empressant de me rassurer de sa voix douce et maternelle.

Je relevai un peu les yeux vers elle, avant de les rebaisser de nouveau, intimidée et apeurée. Si il m'était difficile de la croire, ses paroles avaient tout de même le pouvoir de m'apaiser un peu, parce que j'étais épuisée par la peur, et que j'avais terriblement besoin de sécurité et de réconfort. Non c'était pas vrai, ils me mentaient, ils allaient me faire mal, je devais pas les croire. Mais je le voulais, inconsciemment, autant que mon instinct m'implorait de fuir loin, je voulais que quelqu'un arrive à calmer toutes ces choses en moi. Les monstres… Mon regard remonta un tout petit peu, mais je tournai rapidement la tête lorsqu'elle me posa une nouvelle question. Son nom ? Non, je ne savais pas, je me concentrai, réfléchissant, essayant de me souvenir d'une chose qu'il aurait pu dire, si il avait peut-être pu une fois me dévoiler son identité… Non, tout ce que je connaissais de lui, c'était, c'était… ces choses horribles qui me hantaient… tout ce qu'il m'avait fait, ce corps, ce visage, terrifiant, qui m'avait brutalisé. Mais pas son nom… Je répondais non de la tête. Mais sa question suivante était une toute autre histoire. Je me détournai encore un peu, je la voyais toujours à la périphérie de mon regard, surveillant ses mouvements, mais c'était comme si à chacune de ses questions, une bulle solide m'entourant se resserrait sur moi, m'obligeant à me recroqueviller en boule. Si, il y avait bien quelque chose, mais ça, je pouvais pas, je m'étais promis de répondre à ses questions, pour pas la mettre en colère, mais je… je pouvais pas. Ma respiration tressautait, s'affolant, j'enfouis mon visage entre mes bras, protégée par mes cheveux, j'avais tellement honte. Non, c'était trop dur, des sanglots étouffés remontaient dans ma gorge. Mais je n'étais pas encore au bout visiblement, et sa troisième question me fit fondre en larmes, incapable de me retenir en silence plus longtemps, des frissons parcouraient toute ma peau, mon instinct criait de m'enfuir, que ça faisait trop mal… mais je pouvais pas bouger comme paralysée par la peur, je lui tournai le dos maintenant, renfermée sur moi-même. Tout doucement j'hochai la tête. J'avais pas eu le choix, il m'avait obligé à faire toutes ces choses horribles, je pouvais rien faire, il me faisait du mal, il me punissait si j'obéissais pas, il me retenait enfermée dans le noir toute seule, je pouvais rien faire, il m'empêchait de me défendre, il m'attachait, il était plus fort que moi, il… il faisait tout ce qu'il voulait… il me tenait… il me forçait à ces choses affreuses…

Toutes ces images, ces souvenirs, déferlaient dans ma mémoire, je fermai fort les paupières, morte de peur, priant pour qu'elles s'en aillent, que ça s'efface. Mais je savais, que ça pouvait pas partir, c'était comme gravé, en moi. Mes jambes étaient repliées serrées contre moi, ma tête entre mes genoux, mes bras tout autour, mon corps était entièrement contracté, mes ongles s'enfonçaient dans la chair de mon bras. Je veux que ça parte… Que ça sorte de ma tête… mais non, ça restait là, je le voyais dans le noir, ses yeux brillants, je sentais son odeur, l'odeur de transpiration, et de rouille, je sentais ses mains, graisseuses, je sentais son poids, qui m'étouffai, tout qui brulait…

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